L’icône

Un homme et sa musique.

Il n’y a aucune meilleure introduction  à Stompin’ Tom Connors et à sa fameuse planche (qu’il cognait constamment du talon) que celle écrite par Boyd MacDonald alors qu’il présentait cette icône canadienne à l’Hôtel King George à Peterborough, en Ontario, le 1er juillet 1967…

 

Mesdames et messieurs, il me fait un énorme plaisir de vous présenter un homme qui est non seulement plus canadien que la feuille d’érable et plus dévastateur à une planche de bois contreplaqué qu’un castor affamé. Il a même piétiné plus de rues qu’un facteur de Peterborough. Mesdames et messieurs, faites de la place pour l’un et le seul Stompin’ Tom Connors!

 

Muni d’un sourire large comme l’horizon, sa guitare et sa très populaire planche de contreplaqué, Tom Connors de Skinners Pond, à l’Île-du-Prince-Édouard, a voyagé d’un bout à l’autre du Canada à maintes reprises, composant et chantant des chansons sur le pays qu’il aimait tant – sa géographie, ses diverses communautés et ses gens, ses légendes, ses évènements historiques, et se présentant sur scène partout où se rassemblaient les gens : dans des petits pubs et tavernes, des clubs et bars d’hôtel, des salles de spectacles grandes et petites, partout au Canada.

 

Stompin’ Tom Connors fut né Charles Thomas Connors, le 9 février 1936, à Saint John, au Nouveau-Brunswick, à une fille-mer non-mariée de 19 ans, Isabel Connors. Il a commencé sa vie chez sa mère appauvrie, déménageant souvent de petit appartement à petit appartement, plus d’une fois à juste un pas en avant du propriétaire, et même parfois de la police. Vivant dans l’extrême pauvreté, souvent de « main à bouche », le jeune Tom et sa mère Isabel  ont survécu un jour à la fois, un repas à la fois. Même à l’âge de trois ans, Tom était avec sa mère à faire du pouce pour se rendre d’un lieu à l’autre. C’était bien un précurseur de ce qui s’en venait.

 

Alors que Tom grandissait, sa vie ne s’améliorait guère. La pauvreté était simplement un fait de vie et il ne paraissait y avoir aucun moyen de s’en sortir. Lorsque Tom avait huit ans, sa mère n’était plus capable de s’en occuper donc elle l’a placé dans un centre pour orphelins et enfants abandonnés de la New Brunswick Children’s Aid Society. Après une année à l’orphelinat, Tom fut placé sous la tutelle de la famille Aylward de Skinners Pond à l’Île-du-Prince-Édouard.

 

Même si Tom s’accordait bien avec le père, Russell Aylward, il ne s’est guère senti chez-lui. Dès son arrivée, c’était le gros conflit avec Cora, la mère de famille. Tom a vite perçu qu’on l’avait fait venir à Skinners Pond uniquement pour travailler sur la ferme. Même s’il était parfois un peu espiègle et agité, évidemment en raison de son enfance turbulente, Tom a toujours ressenti qu’elle le maltraitait et qu’elle était méchante sans raison. Malgré cette situation déplaisante, Tom a demeuré chez les Aylward pour les quatre prochaines années, travaillant à la ferme, et s’évadant de temps à autre jusqu’à son dernier départ alors qu’il commençait sa carrière d’auto-stop à l’âge de 14 ans.

 

Avec sa guitare et ses chansons, Tom a voyagé jusqu’à tous les coins du Canada au cours des 13 prochaines années. Au cours de ses voyages le long de la route, il a rencontré toutes sortes de gens et s’est souvert hébergé dans des lits de prison et de l’Armée du Salut. De temps à autre, s’il ne pouvait se trouver un lit, il couchait simplement dehors dans une allée.

 

On retrouvait rarement Tom sans sa guitare. Même lorsqu’il travaillait, il composait et chantait des chansons au sujet des personnes qu’il avait rencontrées et des lieux qu’il avait visités. Vers les mi-1960, Tom s’est retrouvé à l’Hôtel Maple Leaf à Timmins, en Ontario, sans argent pour s’acheter même une seule bière. Le barman offre de lui payer une bière en échange pour quelques chansons. Ces quelques chansons se sont transformées en un contrat de 13 mois pour chanter au bar de l’hôtel.

 

En 1969, la carrière d’enregistrement musical de Tom s’est vraiment mise sur pied lorsqu’il a signé un contrat avec Dominion Records. Au cours des deux prochaines années, il a enregistré et lancé six albums de chansons originales, un album genre compilation et une série de cinq autres albums de musique traditionnelle. Il a éventuellement quitté Dominion pour former sa propre entreprise, Boot Records, par laquelle Tom a enregistré et lancé 10 autres albums originaux et de nombreux autres albums par divers artistes canadiens.

 

Après avoir remporté, sans précédent, six prix Juno consécutifs de la Canadian Academy of Recording Arts and Sciences de la catégorie Chanteur country masculin de l’année, Stompin’ Tom leur a publiquement retourné ses six trophées en 1978 pour contester le fait que des prix similaires étaient remis à des artistes canadiens qui ne vivaient plus au Canada et qui se présentaient rarement dans ce pays. Peu de temps après, il décide de boycotter le monde du spectacle « live » pour attirer davantage de l’attention au traitement des artistes par le pays. Cet auto-exile a duré une décennie.

 

En 1986, Tom forme A-C-T Records pour enregistrer et promouvoir la musique canadienne. En 1988, il se remet à faire des spectacles et à enregistrer des albums. Sa signature d’un contrat avec EMI Canada a éventuellement permis le relancement de sa discographie entière, qui comptait alors plus de 300 chansons et plus de 20 albums. Au cours de sa carrière, il a vendu quelques 3 millions de disques.

 

Avec son chapeau Stetson noir and ses bottes de cowboy, Stompin’ Tom a diverti des centaines de milliers de fans dans des communautés partout dans ce pays qu’il aimait tant. Si un village était muni d’un théâtre, un bar, une taverne, un hôtel, un gymnase d’école, une salle de Légion ou une patinoire, on pouvait être certain que Tom y avait déjà joué. On estime qu’il jouait environ 150-200 spectacles par année; l’année suivante serait similaire mais il se présentait dans 150-200 autres communautés. Il est redoutable qu’aucun autre artiste canadien en ait accomplit autant.

 

Un Canadian nationaliste sans gêne et un très grand supporteur des auteurs-compositeurs-interprètes du Canada, Stompin’ Tom Connors est décédé le 6 mars 2013 de causes naturelles. Son vaste héritage demeure un monument non seulement à l’homme et à sa musique, mais aussi à son habileté à surmonter les défis, à se servir de son talent naturel brut pour survenir à l’adversité et pour persévérer – ce que Tom lui-même attribuerait à son attitude de « to-it-and-at-it » (comme il le chantait dans sa chanson).